Réalisateur : Martin Koolhoven

Genre : western, thriller, drame

Sortie : 2017

Nationalité : danois, français, allemand, belge

Synopsis : Dans l’Ouest américain, à la fin du XIX siècle. 
Liz, une jeune femme d’une vingtaine d’années, mène une vie paisible auprès de sa famille.
Mais sa vie va basculer le jour où un sinistre prêcheur leur rend visite. 
Liz devra prendre la fuite face à cet homme qui la traque sans répit depuis l’enfance…

 

Après des semaines de réflexion et de soupèsement dans ma tête, j'en suis arrivée à la conclusion que Brimstone est un chef d’œuvre, et qu'il faut que j'écrive sur ce film. Je l'ai manqué à sa sortie, et pour cause : malgré les bons retours que j'en avais, le fait d'avoir bloqué la communication du film autour de la seule tronche de Kit Harrington me faisait... légèrement reculer. Je n'ai rien contre l'acteur (en fait si, je le trouve aussi expressif qu'une huître qui s'est tapé l'orteil contre un meuble, mais ça n'entre pas en ligne de compte ici), je regrette seulement que cette publicité ai visé outrageusement un seul type de public (celui de Game of Thrones), alors que Brimstone est tellement plus qu'une banale extension de la série... (ce qu'ils ont voulu nous vendre, alors que c'est archi faux)

 

Pour commencer, je vais vous spoiler méchamment, mais Kit Harrington n'apparaît à l'écran que 10 minutes à tout casser, et son personnage meurt, tel le parfait second rôle qu'il est. Bref, je suis légèrement agacée par une publicité qui 1) induit le spectateur en erreur (non, Kit Harrington n'est pas le personnage principal), et 2) peut lui avoir fait regretté d'avoir vu ce film. Qui est un chef d’œuvre, rappelons-le. Cependant la présence de l'acteur a eu le don de me titiller l'esprit sur un truc en particulier : à cause de (ou grâce à) son rôle de poids dans GOT, il a acquis malgré lui une certaine aura : celle du type auquel on va naturellement faire confiance, qu'on va automatiquement classer dans les « gentils » sans qu'il n'ai rien besoin de faire. Or, dans Brimstone, il n'y a ni gentil ni méchant (sauf Guy Pearce, mais j'y reviendrai). Et cette nuance me fait m'interroger : serait-il possible que Kit Harrington utilise son joli minois pour, un jour, tromper son public ? En tout cas j'espère qu'un tel rôle lui sera accordé, parce qu'il y a un coup à jouer pour sa carrière, là...

 

Brimstone est un western dans la plus pure tradition américaine (les indiens en moins), et bon sang ce que j'aime les westerns contemporains ! Seulement celui-ci se place au dessus de tous ceux que j'ai pu voir (peut-être même au dessus de Il était une fois dans l'Ouest de Sergio Leone. En fait si, il est au dessus), simplement parce qu'il m'a touché pile là où mon cœur est encore tout mou et tout sensible. La seule chose que j'ai trouvé négative dans ce film, est une mini-scène à la toute fin du film, un peu ridicule à cause de son incohérence (spoiler : le prêtre, en flammes, qui récite calmement son dernier présage. Mec ! Tu es en train de CRÂMER ! Fais un truc ! Roule-toi par terre, hurle, je ne sais pas mais fait quelque chose!). Mais elle a eu l'utilité de me faire rire, cette scène. Elle a relâché une partie de la pression bien trop forte pendant le film, dont je ne peux pas totalement renier cette scène.

 

En fait, Brimstone est un des rares westerns de qualité que l'on peut qualifier de « féministe ». Je n'en ai pas vu tant que ça : d'ordinaire le western est une place de choix pour un héro masculin et solitaire, où la figure féminine est réduite soit à la prostituée, soit au love interest, soit à la fermière du coin au 45ème plan. Pourtant, le western est un genre parfaitement compatible avec le film féministe, parce que la femme est, dans ce contexte, la figure d'être humain brimé pour sa « valeur inférieure », au même titre que les indiens, les mexicains, les prostitués, etc... De ce fait, le décors est planté pour mettre en valeur un brimé qui triomphe, ce que les réalisateurs n'ont pas manqué de faire dès les années 60 avec la libération des mœurs. J'ai en tête le long-métrage Johnny Guitare, qui m'a bien marqué, mais auquel mais auquel je ne peux pas m'empêcher de trouver des défauts, à commencer par le titre du film, qui porte le nom de l'homme aimé par le personnage principal (une femme patronne d'un bar qui dirige son entreprise d'une main ferme), et justement pas de ce personnage principal. En ce qui concerne les westerns plus récents, peu me viennent en tête naturellement, et encore moins m'ont autant marqué que Brimstone. (edit : la série Westworld)

 

Brimstone raconte l'histoire d'une jeune femme... qui en bave, pour résumer simplement. Le Mal est incarné par la figure de Guy Pearce, jouant un prêtre dérangé et terrifiant, avec le talent que je lui ai toujours admis sans réserve. La jeune femme a deux visages : celui de Emilia Jones pendant un tiers du film, racontant son enfance, et celui de Dakota Fanning le reste du temps. Sauf que la plupart du reste du temps, Dakota Fanning joue un rôle complètement muet, ce qui est à la fois extrêmement cool, risqué, et prometteur pour sa carrière. Les mauvaises langues diront qu'elle cherche à faire concurrence à sa petite sœur Elle, qui a explosé l'écran avec son rôle dans The Neon Demon de Nicolas Winding Refn ; mais je préfère voir une simple rivalité amicale et stimulante entre deux sœurs. Quoi qu'il en soit, Dakota Fanning joue à merveille le rôle d'une femme qui doit se débrouiller toute seule pour survivre, hantée par la silhouette traumatisante du prêtre. D'où la nécessité de voir le gentil prince charmant (Kit H.) succomber en essayant de jouer les chevaliers servants. C'est nécessaire, et prévisible dans une certaine mesure, n'empêche que ça m'a fait un peu mal de le voir mourir aussi bêtement (oui, dans mon monde, les princes terrassent les dragons, et les princesses font des cacas pailletés).

 

Bref, Brimstone est parfait grâce à ses acteurs, à son histoire, mais aussi grâce à sa photographie, et bien sûr, à son montage. L'histoire a l'originalité d'être découpée en plusieurs parties, et racontée dans le désordre. Je crois que, parmi la foule de détails qui m'ont fait aimer Brimstone, le montage est ce qui m'a définitivement fait tomber en admiration. C'est tout simple : monté autrement, le film n'aurait été qu'un banal western oubliable. Heureusement il ne l'est pas, et c'est un film imposant (violent), un des meilleurs de cette année.

 

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