Réalisateur : Robin Campillo

Sortie : 2017

Genre : drame

Nationalité : français

Synopsis : Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d'Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l'indifférence générale. 
Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.

 

 

J'ai refusé de voir toute bande annonce et interview du film, persuadée que j'allais l'adorer, et que par conséquent, tout « sneek peek » était potentiellement dangereux et pouvait me gâcher la séance. Je suis donc arrivée là sans rien savoir du film (ou presque), en tout cas sans avoir vu une seule image. C'est peut-être l'affiche qui m'a induite en erreur, ou peut-être que j'ai été trop « formatée » au style grandiloquent des américains (à citer ici : Dallas Buyers Club, les séries When We Rise et Sense8). Quoi qu'il en soit, j'ai l'impression d'être passée à côté du merveilleux train en marche qu'on me promettait. Et je suis un peu amère, parce que je voulais désespérément aimer ce film...

 

Mon problème a été immédiat : dès la scène d'ouverture de la réunion, la caméra s'attarde sur le président d'Act-Up, qui explique les règles de ladite réunion aux nouveaux arrivants (et aux spectateurs, donc). Et il y a plusieurs choses qui me dérangent avec cette seule scène :

  1. On ne voit pas les visages des nouveaux arrivants, y compris celui de Nathan, qui pourtant aurait été un merveilleux personnage auquel s'identifier.

  2. Le discours du président, très premier degré, qui non seulement m'a ennuyé très vite, mais m'a aussi énervé, parce que je déteste le cinéma qui me prend pour une cruche : le cinéma est l'art du « show, don't tell », non ? Alors pourquoi ne pas respecter un truc qui marche ?

En fait, je sais pourquoi on ne s'identifie pas à Nathan, et pourquoi je me suis sentie moins investie, dès le début : parce qu'il était évident que la star du film n'était pas Nathan, ni même Sean, mais le mouvement d'Act-Up lui-même. Et même si Nahuel Perez Biscayart (Sean) et Arnaud Valois (Nathan) jouent comme des princes, le réalisateur nous refuse ce sentiment d'appartenance et d'identification, et la dernière partie se vit donc avec un sentiment semi-détaché (et moi, c'est ce qui m'a posé soucis).

 

Néanmoins, je dois admettre que malgré ce sentiment « d'être à côté », 120 BPM est un très bon film, et que j'en ai aimé une grande majorité (mais pas assez pour un coup de cœur). J'ai aimé le montage, qui ancre la salle de RH au centre et au présent, et le reste en périphérique. J'ai aimé les scènes de sexe, jamais inutiles et toujours porteuses de sens (la joie et l'urgence de vivre ; le colère et l'impuissance ; la peur et le désespoir, avec cette scène à l'hôpital parfaitement bouleversante). J'ai aimé ce dialogue :

- "Et toi, tu fais quoi dans la vie ?

- Moi ? Je suis séropositif."

J'ai aimé la poussière, rappel constant de ce corps étranger microscopique qui détruit des vies. J'ai aimé (malgré quelques appréhensions) le nombre insignifiant de plans larges, significatif d'un manque d'horizon et de futur, pour des jeunes atteints du Sida. 120 BPM est un bon film, un beau film.

 

(spoilers)

La dernière partie du film suit Sean alors qu'il se bat contre le dernier stade de la maladie. Ce qui nous arrache des larmes, c'est de comparer le Sean énergique et combatif du début, avec le Sean faible et sans espoir de la fin. C'est terrible d'assister au déclin d'un personnage aussi attachant. Mais le réalisateur n'épargne rien, sans toutefois verser dans le mélodrame, et c'est avec émotion que le film se termine.

 

Robin Campillo n'est jamais cruel avec ses personnages. Ils ne vont jamais souffrir à cause des autres, et c'est en ça que je me suis retrouvée. Mais comme je l'ai dit au début, j'aurais aimé être plus impliquée dans les personnages, et ça m'a manqué pendant le visionnage de 120 Battements par minute.

 

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