Réalisateur : Tom Ford

Genre : drame, thriller

Nationalité : américain

Sortie : 2017

Synopsis : Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. 

 

 

 

Je pars d'un simple constat : sur le papier, l'histoire écrite par le personnage de Edward ressemble beaucoup au style de Stephen King, notamment sa nouvelle Grand Chauffeur. À ceci près : dans Grand Chauffeur, le point de vue est féminin, ce qui rend le truc plus original. Mais même cette nouvelle n'est pas considérée comme la meilleure de King (bien qu'elle ait été adapté en film pour la télévision il y a quelques années). Mon constat est donc celui-ci : qu'on le veuille ou non, de base, Nocturnal Animals est beaucoup moins bien loti niveau écriture. Pour moi, il part avec un handicap, qui peut heureusement se rattraper avec une esthétique poussée. Alors, est-ce que Nocturnal Animals arrive à se hisser à la hauteur de mes attentes ? Et bien non, pas vraiment. Il y a des efforts, mais le film ne m'a pas surpris, je suis même restée globalement passive, ce qui est pire.

 

Pour commencer, il y a la mise en abîme de l'histoire de Edward (Jake Gyllenhaal, toujours parfait) et Susan (Amy Adams, qui a de très beaux... cheveux), à travers la fiction écrite par Edward. À plusieurs reprises, je me suis dit que si le film avait été une adaptation littéraire, j'aurais adoré lire le roman d'origine. Ce genre d'envie m'arrive très rarement. En général j'évite de comparer livre et film, parce que ce sont deux supports très différents, et je ne lis les livres que pour prolonger un sentiment initié par le film. Dans le cas de Nocturnal Animals, c'est différent : ici, je veux lire le livre, parce que le film est décevant, notamment à cause de la réalisation classique, et de l'écriture basique.

 

Cependant, avant de plonger dans le négatif, il se trouve que j'ai aimé une ou deux choses choses. La première, c'est la couleur verte, qui revient au moins à trois reprises : la voiture verte lorsque Susan quitte Edward, la robe verte de Susan à la fin du film, et l'écran du moniteur bébé de Jena Malone (écran qui m'a d'ailleurs provoqué un sursaut inattendu...). Et puis, Tom Ford m'a eu à son générique d'ouverture, surtout ! Avec un tel générique, j'étais en droit de m'attendre à quelque chose de subversif, de physique, corporel, sensuel, libératoire dans un certain sens... mais bien sûr, vous l'aurez compris, ce n'est pas ce que j'ai vu.

 

J'ai vu un scénario emprisonné dans trois trames narratives distinctes : le présent, les flashbacks, et les passages fictionnels du roman d'Edward. Le montage qui lie les trois trames est intelligent, prend ses sources dans du Lynch et peut-être même du Argento... mais ça reste très classique tout de même. Trop classique. Le contraste entre les cadres froids et fixes de New-York et la caméra portée au Texas, c'est classique. Le casting quatre étoiles (bien que très salivant), composé de Jake Gyllenhaal, Martin Sheen, Michael Shannon, Amy Adams, Jena Malone, Armie Hammer et Aaron Taylor-Johnson, c'est classique. Le personnage du policier texan qui se fiche des lois parce qu'il a un cancer en stade terminal, c'est très classique. La goutte de sang au doigt lorsque Amy Adams ouvre un paquet au début du film, c'est ultra-classique. Je suis certaine que Tom Ford avait des bonnes intentions, mais...

 

Je vais tout de même terminer cette critique sur quelque chose de positif (parce que je suis comme ça). D'abord, l'idée d'intégrer Isla Fisher au casting, et de lui faire jouer le double fictionnel de Amy Adams dans le roman de Edward... c'est brillant, parce que j'ai toujours confondu les deux actrices, et je crois que je ne suis pas la seule. Tom Ford a joué avec cette ressemblance, et je trouve ça cool.

Ensuite, j'avoue que je ne sais pas comment interpréter la fin. Une fin ouverte est un risque, ce qui est prometteur pour la carrière de Tom Ford. Je suppose que le lapin posé par Edward est une mort symbolique provoquée par le départ de Susan... une sorte de revanche de Edward pour faire comprendre à Susan ce qu'il a ressentit. Mais dans ce cas, je ne comprends pas pourquoi Susan ne l'a pas comprit plus tôt... ni pourquoi Edward n'est pas venu se pavaner.

 

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