Réalisateurs : Jean-Pierre et Luc Dardenne

Sortie : 2016

Nationalité : belge, français

Genre : drame

Synopsis : Jenny, jeune médecin généraliste, se sent coupable de ne pas avoir ouvert la porte de son cabinet à une jeune fille retrouvée morte peu de temps après. Apprenant par la police que rien ne permet de l'identifier, Jenny n'a plus qu'un seul but : trouver le nom de la jeune fille pour qu'elle ne soit pas enterrée anonymement, qu'elle ne disparaisse pas comme si elle n'avait jamais existé.

 

 

Dans le milieu, on a vraiment l'impression que si on a découvert sa passion pour le cinéma il y a moins de cinq ans (entendez par là que ce n'était pas quelque chose qui est venu pendant l'enfance...), notre place n'est pas légitime. Je suis sûre que personne ne le fait exprès de donner cette impression, mais je vais toujours lutter pour l'inverse : je pense que plus cette passion est neuve, moins on a d'a priori sur les films qu'on va voir. On voit tout d'un œil frais, tout est nouveau, tout est découverte, tout est naïvement surprenant. J'ai découvert le cinéma des frères Dardenne sous l'impulsion d'une rencontre avec les cinéastes au mois de novembre 2016, et je n'ai pas honte de ça : leurs films ne sont pas de ceux vers lequel je me dirige généralement, et c'est bien que je les découvre comme ça. Je préfère largement me former des expériences de vie autour des films, plutôt que de plonger sans intermédiaire vers un truc nouveau. (en d'autres termes, la curiosité ne fait pas partie de mes qualités, sauf si j'y trouve un intérêt personnel. Blame me for that)

 

J'ai loupé La Fille inconnue à sa sortie, mais uniquement à cause du timing. Du coup je me suis (enfin) rattrapée. Mais bien évidemment, il faut toujours que quelque chose vienne perturber les choses, n'est-ce pas ? Et bien aujourd'hui, c'était Grave. Le film de Julia Ducournau s'est infiltré dans toutes les images que je regardais. Une actrice principale du même âge (ou à peu près), et un métier lié à la santé, un rien m'a suffit, et Grave s'est insinué partout, et a mit du rouge et de la violence là où il n'y en avait pas, ou pas forcément, dans les images des Dardenne. C'était très déstabilisant comme sensation, parce que justement, les films des Dardenne ne sont pas connus pour être particulièrement violents ni particulièrement... rouges. En fait, c'est tout le contraire dans La Fille inconnue : la photographie navigue entre des tons bleus et gris, la réalisation est très froide, sans musique, en caméra portée, et le jeu d'Adèle Haenel reste toujours très plat. On est loin de l'ambiance de Grave, donc. Très loin.

 

En vérité si je parle tant de Grave, c'est d'une part pour vous faire remarquer que ce film ne doit pas être manqué, et d'autre part, qu'en comparaison, le cinéma des Dardenne me fait l'effet d'une douche froide. Ce sont des cinéastes qui s'effacent devant leur sujet, et dont le mot d'ordre de la mise en scène est discrétion. Et j'ai parfois du mal avec ça, non pas que cette mise en scène soit mauvaise, mais c'est juste une question de ressenti. Et puis avec ça, il y a d'autres choses qui me dérangent : le côté « texte récité » des acteurs francophones (que j'avais moins ressenti dans Deux jours, une nuit), l'impression qu'ils pompent toujours l'entrain et la joie de vivre des personnages/acteurs, et l'effort que je dois fournir pour dénicher leurs petites manies de mise en scène.

 

J'ai eu du mal avec les motivations du personnage principal, aussi. Je sais qu'ils aiment ne pas justifier les actions de leurs personnages, mais moi ça me pose soucis : j'aime comprendre pourquoi quelqu'un agis de telle ou telle façon. Pourquoi, dans ce cas, Jenny ne lâche pas l'affaire. Souvent, je ne comprends pas les décisions des protagonistes, ils m'échappent. Les femmes qui arpentent les films des Dardenne portent leur solitude comme un fardeau extrêmement pesant, et les gens ne lui rendent pas grand chose en retour (et c'est souvent de la violence), et c'est pour ça que fondamentalement, j'ai du mal avec ces films. Néanmoins je dois reconnaître quelque chose que j'aime beaucoup : ces femmes sont des guerrières. Dans La Fille inconnue, l'ennemi est figuré par une série de portes qui s'ouvrent et se ferment. Son armure, c'est son manteau, et son arme principale (on pourrait penser que c'est le stéthoscope parce qu'elle est médecin, mais non) c'est son portable. Et telle une héroïne grecque, Adèle Haenel va partir en croisade pour retrouver un nom perdu.

C'est une belle image.

 

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