C'est pas une surprise, je n'aime pas beaucoup mes cours de théorie du cinéma. Dès qu'on me théorise un truc sur le cinéma, ça me donne envie de reculer le plus vite possible en direction inverse. Je suis pour une approche plus émotionnelle des films que je regarde. Je n'ai pas besoin qu'on m'explique par A + B que Fenêtre sur cour (Alfred Hitchcock, 1954) est un super film. Je préfère le voir par moi-même, le sentir moi-même, si possible avant qu'on me le charcute froidement avec une analyse quasi scientifique. L'autre jour je suis d'ailleurs tombée sur un texte qui entrait en parfaite concordance avec ce que je ressentais :

 

« En 1922, Friedrich Wilhelm Murnau réalise une adaptation illégale du roman de Bram Stoker, Dracula. Au fil des ans, Nosferatu le vampire a été encensé, critiqué, analysé, flatté, démembré, séquencé, restauré, théorisé et embaumé. Aujourd'hui, il est quasiment impossible de gribouiller quelque chose de sensé sur l’œuvre, tant l'impact du film a largement dépassé la sphère cinéma. Nosferatu est devenu un film qui s'analyse plus qu'il ne se regarde. Erreur, faute, égarement et méprise. [...] »

Professeur Thomas – Hors-série Mad Movies n°32 – octobre 2016

 

Bref. Le fait est que je n'aime pas beaucoup la théorie. Elle aspire petit à petit l'essence vitale d'un film, et souvent on en vient à oublier ce qui nous avait tant marqué au premier visionnage. Pour moi, l'émotion est la base de tout, elle est la racine. Si je passe mon temps à regarder les branchages, j'aurais peut-être l'air plus intelligente, mais je n'aurais plus les pieds sur terre, et c'est ça que je veux absolument préserver.

 

Mais l'autre jour pourtant, un truc intéressant m'a titillé l'esprit, pendant mon affreux cours de théorie du cinéma. On parlait de Jean-Luc Godard (chut, tais-toi, je ne veux pas entendre le mot « cliché » traverser ton cerveau...), et d'un travelling en plan-séquence qu'il a filmé dans British Sounds (1969), pour le Groupe Dziga Vertov. Ce travelling montre une chaîne de montage dans une usine de construction de voiture. Le son y est très désagréable.

Ce plan-séquence, sans montage, sans cut, est en réalité la façon qu'a eu Godard de symboliser sa lutte contre la division du travail.

Je ne vais pas ressortir mon cours ici, ce n'est vraiment pas mon but. En fait, je voulais juste souligner ce geste cinématographique sur mon blog, parce que

 

de un) je suis loin d'être une grande fan de Godard, et l'admiration que j'ai de ce travelling est de loin la plus élevée que j'ai eu pour lui jusqu'à maintenant, et

de deux) cette période électorale est du pain béni pour ce genre d'article.

Et de trois) c'est vraiment une bonne idée. (et fidèle à mon idée d'origine, je ne vais pas théoriser sur pourquoi j'ai trouvé ça si génial. J'ai ma petite idée, bien sûr, mais je ne vais pas ennuyer le monde avec une auto-psychanalyse. C'est chiant, tout le monde s'en fout, et puis de toute façon le truc le plus important ici c'est de comprendre pourquoi on aime autant les plan-séquences).

 

On aime les plan-séquences parce qu'ils sont une prouesse de groupe : les techniciens, les acteurs, la chorégraphie de la caméra... J'ai sur-kiffé le film Victoria (Sebastian Schipper, 2015), tourné en un seul et unique plan-séquence, par exemple. Mais jusqu'ici je ne me suis pas posée la question du message porté par l'utilisation de n'importe quel plan-séquence du Cinéma. Du message politique.

 

Avec ces nouvelles informations, je vais devoir revoir mon approche de l'intégralité des plan-séquences que j'ai vu jusqu'à présent. C'est une assez belle perspective pour que je la considère comme une bonne nouvelle.

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