Réalisateur : Sergio Corbucci

Genre : western

Nationalité : italien, français

Sortie : 1968

Synopsis : Dans la province de l'Utah, aux Etats-Unis. Le froid extrême de cet hiver 1898 pousse hors-la-loi, bûcherons et paysans affamés à descendre des forêts et à piller les villages. Les chasseurs de prime abusent de cette situation. Le plus cruel se nomme Tigrero. Mais un homme muet, surnommé "Silence", s'oppose bientôt à eux...

 

 

On m'a dit que le cinéma était un monde très macho. Et comme tous les métiers du monde (sauf exceptions), c'est vrai : le cinéma est un monde d'hommes, en grande majorité. Petit à petit les choses changent, mais la parité est encore loin d'être respectée, que ce soit dans les métiers techniques que journalistiques, artistiques qu'économiques. En règle générale j'essaye d'ignorer cette menace qui pèse sur ma tête (parce que si je veux travailler dans ce milieu, il va falloir que je me taille un chemin à la hache), mais parfois c'est difficile. Comme ça l'a été le dimanche 16 avril 2017, jour de Pâques, et deuxième jour des vacances scolaires pour ma pomme.

 

Ce jour-là, j'ai décidé que j'allais prendre mon courage à deux mains, et mettre mes angoisses de côté pour pouvoir aller au cinéma. Je sais que ça peut paraître assez étrange de flipper pour une simple sortie au cinéma, mais chaque sortie est une source perpétuelle d'inquiétude pour moi. Il me faut en général remuer la moindre parcelle de courage de mon corps pour sortir de chez moi. Heureusement, une fois assise et que le film démarre, j'oublie tout. Il y a des gens pour qui le cinéma est une thérapie. C'est mon cas. Acceptons-nous comme nous sommes.

 

Bref, si je vous parle de cette anxiété, c'est qu'elle a redoublé au moment même où j'ai posé le pied au Comoedia de Lyon (qui diffusait le film de Sergio Corbucci dans le cadre du festival Hallucinations Collectives). Elle a redoublé parce que d'ordinaire je ne prête pas beaucoup attention au genre de public qui regarde tel ou tel film, mais là ça m'a frappé : beaucoup d'hommes. Peu de femmes. Et puis j'ai pensé à un truc qui m'avait marqué quelques jours auparavant : le magazine Mad Movies ne comporte majoritairement que des hommes dans ses rédacteurs et critiques. Or, il se trouve que Mad Movies est un partenaire du festival Hallucinations Collectives. Ajoutons à cela que Le Grand Silence est un film particulièrement macho, et vous aurez une vision claire de l'inquiétude que je peux ressentir : cette salle représentait le dragon féroce que nous les femmes, allons devoir amadouer pour pouvoir gentiment le convaincre de nous laisser une place.

 

J'ai l'air de traiter tous les hommes de dragon, mais ce n'est qu'une projection mentale de ma propre peur, c'est tout. Je n'en fais pas une généralité. En fait, le festival Hallucinations Collectives est politiquement intéressant, parce qu'il met à l'honneur les films peu connus, les ovnis, les trucs étranges et hallucinatoires. Un peu comme Tod Browning et son Freaks, il donne la parole à ceux qui ne l'ont pas souvent, pas assez, voir pas du tout. Je trouve important qu'un tel festival existe en France, et puis je trouve génial qu'il y ait autant de spectateurs qui y assistent (d'ailleurs ça me fait penser qu'ils en ont gagné au moins une de plus cette année. Je reviendrai l'année prochaine).

 

Je vais essayer de faire vite sur le film que j'ai vu. Le Grand Silence est un western italien spécifique de l'âge d'or du genre, réalisé par Sergio Corbucci, et sorti en 1968. Dans le rôle principal il y a Jean-Louis Trintignant, seul français du casting, et aussi totalement muet. Autour de lui, tous les acteurs sont post-synchronisés en italien, ce qui est normal pour l'époque, sauf pour un truc : c'est super mal synchronisé. Tout simplement. Le Grand Silence fait partie du cinéma bis, et le mauvais doublage son fait partie du jeu (by the way, avant que j'oublie... je crois bien qu'il y avait le youtubeur Misterfox dans la salle. Ce genre de chose ne m'arrive jamais. C'est trop dingue). Il y a aussi le taux d'hémoglobine élevé, un certain attrait pour le zoom et les gros plans (les très gros plans), et une tendance à rendre tous les personnages féminins plus crétins qu'elles ne le sont... ça fait partie du lot, mais il y avait heureusement trop de bonnes raisons d'aller voir ce film.

 

Pour commencer, la bande son de Ennio Morricone. Rien que pour la magnifique partition qu'il a créé ici, et puis pour tout son travail en général, Le Grand Silence vaut la peine d'être vu. Ensuite, il y a la fin. SPOILER Le Comoedia diffusait la fin originale (pessimiste, où tous les gentils meurent), et l'alternative (optimiste, où les gentils sont sauvés in extremis par un deus ex machina à tomber par terre, et un... gant en acier. Lol).

 

Et puis enfin, ça valait le coup pour la principale raison qui a fait renaître ce film bien des années plus tard, à savoir Quentin Tarantino et ses Huit Salopards. L'inspiration est tellement évidente que ça devient très vite un jeu, pour reconnaître tel ou tel élément en commun. Les paysages enneigés... Ennio Morricone... le gars chelou qui monte dans la diligence... la porte qui ne se ferme pas... le sang sur la neige... On pourrait encore continuer longtemps, mais je crois que vous avez compris le principe.

 

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