Réalisatrice : Julia Ducournau

Genre : épouvante-horreur, drame

Nationalité : français, belge

Sortie : 2017

Synopsis : Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

 

 

Dans la salle, à côté de moi, il y avait une vieille dame qui devait avoir dans les cinquante/soixante ans... et qui n'en menait pas large du tout. Je l'ai vu plusieurs fois se cacher le visage avec les mains, et même une fois plonger dans le siège avant. Je n'ai pas osé lui demander si elle se sentait mal, de peur de paraître trop impolie. Cela dit, même si je n'ai jamais caché mes yeux, je n'en menais pas large non plus. Je croyais avoir tout vu et pouvoir tout supporter... mais il faut avouer que Grave se situe un cran au dessus.

 

Je n'ai pas vomi mon sandwich. Je n'ai pas eu envie de sortir de la salle. C'était bien trop captivant pour cela. Mais il n'empêche que j'étais très tendue. Si tendue que je me suis rendue compte des dégâts corporels qu'au sortir de la salle : mon dos était en compote, et ma respiration bloquée. J'ai dû mettre dix bonnes minutes à retrouver un souffle correct. Après ça, j'ai longtemps hésité entre le rire hystérique et la crise de panique. Je crois que le rire a finit par l'emporter, mais bref : tout ça pour dire que Grave, c'est un coup de canon qui t'assomme, et dont tu ne ressors pas indemne.

 

J'ai voulu le voir dès qu'il est sorti, mais comme il était très peu distribué en France, j'ai dû attendre un peu. À un moment je me suis même dit que j'attendrais la sortie DVD, mais j'ai trouvé un cinéma proche de chez moi qui le diffusait, et je suis tellement heureuse de l'avoir vu sur grand écran. Certes, le malaise est deux fois plus important, mais ça vaut vraiment le coup. Parce que le film est très viscéral, sensoriel, charnel. Ça prend racine dans les couleurs (l'esthétique du film est très proche du giallo), dans la musique (de Jim Williams), dans le choix des cadrages, des mouvements de caméra et des acteurs en hors champs. Il y a aussi le sang et la chair, les organes... en fait il y a tellement de choses à dire sur ce film que ce serait trop long de tout lister.

 

Mais c'est un film réellement violent, et l'interdiction aux moins de 16 ans est parfaitement justifiée, à mon avis. Ce n'est pas seulement violent au niveau du visuel, c'est aussi violent dans le fond. Ça parle de la violence du passage d'une jeune fille à l'âge adulte, qui passe par les règles, les changements corporels et le désir sexuel. Au fond il n'est question que de ça, et je pense que beaucoup de femmes pourront s'y reconnaître. Grave est l'expression extérieure d'un conflit intérieur très violent, et Julia Ducournau l'a parfaitement retranscrit à l'écran.

 

J'ai aimé ce féminisme animal, dangereux, dérangeant, proche de la folie. Parfois j'ai eu l'impression que la réalisatrice frôlait le surréalisme, ou même le cauchemar, mais pas à un seul moment elle ne fait l'erreur de piéger le spectateur dans le rêve d'un des personnages. Le réalisme y est si cru qu'on rêverai que ce soit un cauchemar...

 

Je vais finir sur l'actrice principale, Garance Marillier. Elle est terrible. Elle est grandiose. Elle est incroyable. Elle a un regard qui scotche. Et j'en oublie mon vocabulaire. Et la séquence du doigt...

 

Oh merde.

Allez voir ce film, c'est un ordre.

 

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