V pour Vendetta, c'est le film des Wachowski. Enfin pas vraiment, parce que ce ne sont pas elles (eux, à l'époque) qui ont réalisé ce film (c'est James McTeigue). Mais dans la plupart des têtes, V pour Vendetta est un des films des Wachowski. Sœurs qui, je le rappelle pour la forme, ont réalisé Matrix. Et Sense8.

Aujourd'hui, V pour Vendetta est un film qui bascule lentement mais sûrement dans le panier tant convoité des films cultes. Il marche particulièrement bien chez les jeunes cinéphiles, de par son côté épique, son propos politique et social, déguisé par des tas de références et une histoire d'amour tragique.

(d'ailleurs, petite parenthèse toute subjective, je ne me remets toujours pas du résumé ultra minimaliste qu'en fait John Green dans Nos Étoiles contraires. Non, V pour Vendetta n'est pas une simple romance sur fond de terrorisme. Non, c'est bien plus que ça. Simplifier ce film revient à prendre le spectateur pour un con. Et ça m'énerve royalement. Je hais John Green. Bref.)

Mais V pour Vendetta, et c'est là où je veux en venir, c'est un film qui traite du sujet épineux qu'est aujourd'hui le terrorisme. Aujourd'hui, médias et politiques s'en donnent à cœur joie : c'est terrorisme par ci, terrorisme par là... sauf que je me suis rendue compte (un peu tardivement, malheureusement) que le mot « terrorisme » ou « terroriste » ne convenait pas vraiment pour désigner les actes ou personnes liées au djihad.

Entendons-nous bien : je ne suis pas une spécialiste, je suis juste une citoyenne lambda de gauche, et je fais une simple remarque ouverte à débat. Ou juste un détail décalé, deux pièces de puzzle qui ne s'emboîtent pas, un rouage grippé. À vous de voir pour le reste.

« Terrorisme », avant les années 2000, signifiait autre chose, il n'avait pas le même sens que celui qu'on lui donne aujourd'hui. Avec le 11 septembre 2001, la langue anglaise a voulu donner un nom à cette attaque. Dans la précipitation, on a voulu mettre tout ça dans une case, le plus rapidement possible, histoire d'avoir une chance d’éradiquer la menace. Et c'est le mot « terrorisme » qui s'est imposé, et qui s'impose encore de nos jours. Seulement la définition est devenue synonyme de « terreur » et « tuerie de masse », « crime injustifié » et « mort de personnes innocentes ». Le mot « terrorisme » lui-même s'est chargé de terreur. On le craint. « Terrorisme » est un mot qui me blesse l'esprit.

Je suis née en 1994, je suis jeune, et je ne vois aucun soucis à l'évolution d'une langue en règle générale. Sauf qu'il y a V pour Vendetta. Et V pour Vendetta, il a une définition bien différente.

Une définition poétique. Héroïque. Épique. Révolutionnaire.

Dans le film, le héros est un terroriste, qui détruit des bâtiments par contestation sociale et politique, sans faire de victime. Il détruit le Parlement de Londres. Il meurt pour ses idées. Dans V pour Vendetta, le terrorisme est romantique. Il est sexy. (et donc je considère que ceux que l'on nomme « terroristes » aujourd'hui, ne méritent pas cette appellation)

La question qui vient à l'esprit tout de suite, c'est qu'est-ce qu'il s'est passé pour que le sens diverge autant ? Mais il est facile de répondre à cette question. La vraie question, c'est « pourquoi ? ». Pourquoi a-t-on oublié la définition première du « terrorisme » ? pourquoi a-t-on oublié les attentats des années 60, 70, 80 ? Et puis surtout : pourquoi n'a-t-on pas inventé un nouveau mot, si comme je le pense, c'est le traumatisme collectif qui a changé le sens du mot ?

Et qu'est-ce que les prochaines générations vont-elles penser en voyant V pour Vendetta ? Parce que la chose la plus logique qui puisse arriver, c'est qu'elles prennent le personnage de V pour un terroriste au sens contemporain du terme. Que le personnage de Guy Fawkes était un assassin. Qu'aucun des deux n'a eu raison de faire ce qu'ils ont fait.

Que les Anonymous sont dangereux et qu'ils faut les contrôler.

Vous voyez où je veux en venir ?

J'ai peur que l'esprit de rébellion se taise encore plus que maintenant. J'espère me tromper, et je me dis que notre génération saura trouver quoi faire pour lutter, pour résister contre des politiques de plus en plus extrémistes. Qu'elle ne laissera pas les choses exploser, pour pouvoir ensuite dire « je vous l'avais dit ».

 

Il faut revoir V pour Vendetta.

Pour redonner du sens à nos mots.

 

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