J'ai pas tous les éléments, et ce n'est pas mon devoir de juger, encore heureuse. Tout ce que je veux dire, c'est que l'affaire est plus compliquée qu'il n'y paraît, et que seuls les avocats et les juges (et les personnes concernées aussi, bien sûr) possèdent tous les éléments de connaissance. Je ne juge pas, d'abord parce que je ne sais pas tout, et ensuite parce que je n'en ai aucune envie.

Roman Polanski est un cinéaste polonais ayant établit son fief en France, après une carrière en Amérique. Il a récemment été désigné Président des Césars, cérémonie de cinéma française qui devrait se dérouler le 24 février 2017. Mais Roman Polanski a refusé l'honneur qui lui a été fait par les Césars. Ce n'est pas par conviction politique, par honneur ou par colère qu'il a décliné l'invitation. C'est parce qu'entre le moment où on lui a offert ce statut, et celui où il l'a refusé (par l'intermédiaire de son avocat), une polémique a éclaté. Les faits sont les suivants : une pétition a été signée par des individus lambda (mais surtout des organisations fémnistes), demandant le retrait de l'offre, sous l'argument d'une affaire judiciaire datant du début des années 70. Cette affaire est une accusation de viol sur une jeune femme mineure. Comme l'a rappelé l'avocat de Polanski, celui-ci a purgé sa peine (deux mois de prison + une somme versée à la partie adverse, après accord des deux parties) après avoir déclaré qu'il était coupable sur les conseils de son avocat (en Amérique, la sentence est moins lourde si tu plaides coupable). Il a ensuite fuit les USA pour éviter une nouvelle condamnation arbitraire (le juge a reprit l'affaire alors qu'elle était bouclée, et c'est là où ça devient louche). Depuis, il est poursuivit par la justice américaine, et sera arrêté s'il remet les pieds sur le sol américain. Ensuite, l'affaire s'est enterrée elle-même. Polanski a poursuivit sa vie, et a continué à exercer son métier de réalisateur en France. Récemment, la Pologne a officiellement annoncé qu'elle ne livrerait pas le cinéaste aux USA. Voilà, ce sont les faits. Ceux qui sont avérés en tout cas.

 

Moi, la première chose qui me choque, c'est la violence. Pourquoi maintenant ? Pourquoi aussi fort ? Sa situation n'est pas beaucoup changée depuis plus de quinze ans, alors... oui, ça me choque de voir ça. Roman Polanski a une famille, des amis... Je trouve ça dingue de lyncher une personne avec autant de violence. Avec de l'humour, de la dérision, de la caricature, ça passe encore. Mais ça, c'est inhumain.

Je ne peux pas me résoudre à autant de haine envers Polanski (envers un autre être humain, tout court). Je crois (du verbe croire, qui ne s'appuie sur aucune logique, mais plutôt sur une croyance subjective basée sur le seul témoignage de Polanski. Je fait acte de foi. Tout simplement) qu'il a fait pas mal d'erreurs dans sa vie, et je ne vais pas nier le contraire : en lisant son autobiographie, j'ai trouvé stupide certains de ses actes. J'ai mit un temps fou à comprendre ses motivations (en temps que cinéaste, mais aussi en tant que personne), et il m'a fallu toute mon ouverture d'esprit pour toucher du doigt son œuvre. Mais Polanski, il a subit les tabloïds américains lorsque sa femme (Sharon Tate) enceinte de 8 mois et plusieurs de ses amis, ont été sauvagement assassinés chez eux. Les gens voulaient un coupable, rapidement, alors que l'enquête patinait. Et qui de mieux placé que le réalisateur du troublant Rosemary's Baby ? Les magazines se sont acharnés sur lui pendant longtemps, sans justification, alors qu'il était innocent, et c'est un fait.

Je ne le crois pas violeur, pas plus que je ne le crois tueur. Car en fait, il y a aussi quelque chose qui entre dans la balance : à l'époque, le juge de l'affaire était opportuniste. C'était bon pour sa carrière de faire coincer le célèbre et controversé Roman Polanski. Et je crois aussi que la justice américaine est corruptible, qu'elle a des défauts, qu'elle peut faire des erreurs, et qu'il y a quelques exemples qui le prouvent au cours du siècle (Rubin Carter et Steven Avery, pour ne citer qu'eux).

 

Je ne cherche pas à défendre Roman Polanski. Je sais que d'autres ne partagent pas mon point de vue, et je sais que mes arguments sont faibles. Je me base sur mes croyances (et un peu sur les faits), et ça ne vaut rien en matière de justice. Mais je ne suis pas là pour juger, comme je l'ai dit au début de cette chronique.

Moi, je suis une simple cinéphile qui essaye de comprendre la vision torturée des réalisateurs sur la vie en général. Voilà ce que j'aime faire. J'aime les pièces comiques de Polanski, trop rares à mon goût. J'aime son regard torturé sur la solitude, la folie et le huis-clos. J'aime plus encore ses œuvres récentes, Carnage ; La Vénus à la fourrure ; Le Pianiste. J'aime qu'il se soit battu pour ses idées, et puis pour celles des autres pendant le festival de Cannes de 1969. J'aime sa ténacité et les batailles qu'il a mené.

Pour toutes ces raisons, je pense que l'offre des Césars était largement justifiée, courageuse aussi, et prouvant également que le Cinéma sait s'affranchir des bruits de couloir, et se positionner au dessus des a-priori populaires (comme l'a dit le directeur des Césars, il voulait placer l'artiste avant l'homme, ce que je trouve tout à fait correct). Je trouve cet acte noble. C'est pour ça que j'aime le Cinéma : il permet des positions contestées, et à terme, tenter de faire changer les mentalités.

Mais Roman Polanski a cédé aux pressions de la foule en colère. Et si je comprends son geste, je n'en reste pas moins attristée par la nouvelle. J'aurais aimé le voir foncer dans la foule, la tête haute et le menton levé, défendant le principe fondamental de la culture YOLO. Mais il a préféré calmer les foules et ne pas créer d'esclandre, ce que je respecte tout à fait. J'espère aussi, au fond de moi, qu'il n'a pas refusé uniquement à cause du grondement des réseaux sociaux, et qu'il y avait d'autres éléments qui entraient en ligne de compte (son âge avancé, par exemple, ou bien le fait qu'il ne voulait pas entrer dans une guerre ouverte avec les médias français). Ça me décevrait un chouïa si ce n'était pas le cas. Cela étant dit, mon esprit est en pleine contradiction, parce que je n'ai jamais été pour la provocation gratuite. Ça a même tendance à me faire dresser les cheveux sur la tête, tant ça me rappelle l'état lamentable du compte Twitter du Président américain Donald J. Trump.

Donc voilà : mon fantasme, c'était de voir Papi entrer en résistance. La réalité est moins glorieuse. Plus complexe. Difficile à juger. On peut l'interroger, on peut la bousculer (c'est le rôle des journalistes et des cinéastes, par exemple). Mais la juger, c'est le rôle des avocats, des juges et des jurés.

 

Et toi dans tout ça, quel est ton rôle ?

 

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