Réalisateur : Jim Jarmusch

Sortie : 2016

Genre : drame, comédie

Nationalité : américain

Synopsis : Paterson vit à Paterson, New Jersey, cette ville des poètes, de William Carlos Williams à Allen Ginsberg, aujourd’hui en décrépitude. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura, qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas…

 

 

Ma sœur a une manie qui, je crois, fait dresser les cheveux de tous les cinéphiles de la Terre : lorsqu'elle trouve un film « chiant », ou un passage où il y a peu d'actions, elle saute une partie du film, pour passer directement à la scène suivante. En définitif, elle doit gagner du temps (une heure de visionnage au lieu de deux heures trente, par exemple). Elle doit avoir l'impression d'avoir eu le dernier mot, je ne sais pas. Quoi qu'il en soit, cette (mauvaise) habitude ne peut en aucun cas être considéré comme du « visionnage de films ». Ou de séries, parce qu'elle fait la même chose avec The Walking Dead. Et rien n'y fait, j'aurais beau lui dire que c'est un blasphème de piétiner ainsi le travail des gens, elle conservera toujours le même état d'esprit. Mais c'est pas grave. Non, c'est pas grave, parce qu'elle manque quelque chose que les cinéphiles connaissent bien : le travail du temps.

 

Je ne connais pas vraiment Jim Jarmusch. Comme tout le monde, je suis allée voir Only Lovers Left Alive au cinéma, et puis j'ai vu Dead Man, aussi. Tout ce que je sais de lui se résume à des bandes sons travaillées, et un rythme... très lent. En vérité, c'est la première fois que je vois ça au cinéma, j'ai eu l'impression que Jarmusch manipulait le temps de son film comme une matière étirable à l'infini. Regarder Paterson, c'est faire l'expérience (en accéléré) du temps qui passe au quotidien. C'est un petit film tout simple, qui n'a certes pas l'ambition d'un Star Wars, mais qui a le mérite de laisser son spectateur dans une bulle de chaleur et de joie.

 

Il n'y a pas d'histoire, dans Paterson. Juste un contexte. Si je devais le résumer, je dirais que c'est un conducteur de bus appelé Paterson, qui vit dans la ville de Paterson avec sa petite amie. Le film se déroule sur sept jours, raconte le quotidien, et... c'est tout. Ah si, Paterson est un brin poète à ses heures perdues. Mais aucun élément déclencheur ne va venir perturber le film, ce que j'ai trouvé déroutant au tout début (mais après je me suis sentie stupide, donc ne nous attardons pas trop longtemps). On s'y fait vite, néanmoins. Et rapidement, il n'est plus question de craindre le pire, mais de se laisser porter par le rythme cajoleur du quotidien. Avec de petits détails, le réalisateur capte une essence de calme et d'apaisement. Un petit cocon où l'on se sent en sécurité. Et cette sensation, les zappeurs pathologiques ne pourront pas la ressentir. Tant pis pour eux. Tant mieux pour nous.

 

Je dois quand même avouer un faiblesse de ma part : je voulais voir ce film pour son casting. Pour Adam Driver, pour être précise. Je connaissais Golshifteh Farahani pour l'avoir vue dans My Sweet Pepper Land, bien sûr, mais c'était pour Adam Driver que je voulais voir Paterson. Je voulais voir comment il s'en sortait sans le masque de Kylo Ren. Et sans surprise, il confirme mes espoirs et attise encore plus ma curiosité : j'aimerai le voir ailleurs. Dans un western, peut-être, où sa gueule aurait vraiment du chien. Ou bien dans un mélodrame classique. De toute façon avec la tête qu'il a, il peut difficilement passer inaperçu, et c'est tant mieux. J'aime les gueules cassées et les imperfections chez un acteur. Je trouve ça de plus en plus sexy au fur et à mesure que je prends de l'âge... Donc si on le voit plus souvent à l'avenir, je serais la dernière à venir me plaindre.

 

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