Réalisateur : David Mackenzie

Genre : thriller, drame

Sortie : 2016

Nationalité : américain

Synopsis : Après la mort de leur mère, deux frères organisent une série de braquages, visant uniquement les agences d’une même banque. Ils n’ont que quelques jours pour éviter la saisie de leur propriété familiale, et comptent rembourser la banque avec son propre argent. À leurs trousses, un ranger bientôt à la retraite et son adjoint, bien décidés à les arrêter.

 

 

J'ai toujours été fan de western, sans jamais vraiment savoir pourquoi. Géographiquement et idéologiquement parlant, je suis loin de cet univers violent, masculin... Républicain. Mais c'est peut-être les discours nuancés qui m'attirent tant dans le western contemporain. Je cherche toujours l'aiguille dans la botte de foin, le scénariste, le réalisateur, le film (ou les trois à la fois) qui vont pointer talentueusement du doigt le bug dans la matrice. Et c'est plus rare qu'on ne le pense, surtout lorsque des remakes des 7 mercenaires envahissent outrageusement les salles de cinéma, par exemple. Mais heureusement, le cinéma indépendant a bien d'autres choses à offrir que le blockbuster peine à mettre en images.

 

Avec Comancheria, j'ai mis la main sur un scénariste que je vais suivre de très près : Taylor Sheridan. Avant ça, il n'avait signé que le scénario de Sicario. Rien que ça ! Ce type débarque de pratiquement nulle part, et nous pond deux grands scénarios (qui par la suite seront également très bien mis en scène, il faut le souligner) dignes d'un Aaron Sorkin du western ! Je suis épatée par la justesse de ses lignes de dialogue (notamment la relation entre les deux frères), son regard très vif sur les conséquences des rouages américains dans les zones sensibles (je ne sais pas trop comment le dire plus simplement, pour que ça englobe aussi le scénario de Sicario), et sa maîtrise de la dramaturgie. Taylor Sheridan, appuyé par la très bonne mise en scène de David Mackenzie, signe de très bons moments de tension, ainsi que des séquences plus intimistes, émotionnelles, tout aussi bien réussies. Je suis même encore surprise d'avoir éprouvé de la sympathie pour un voleur et meurtrier qui tire à la mitraillette sur des civils (Ben Foster s'est, un instant, confondu dans mon esprit avec un terroriste djihadiste, avant de soudainement comprendre pourquoi j'ai fait le rapprochement, et pourquoi ça n'avait rien à voir).

 

Taylor Sheridan couple son histoire de frères braqueurs de banque à celle, plus générale, de l'Histoire des États-Unis. Et sa morale est tranchante : on passe de l'extermination des peuples amérindiens au système capitaliste qui engloutit tout, en passant par le port d'armes à feu par des civils, et la destruction plus ou moins partielle du cliché du texan raciste. Son tableau est sombre, peu engageant. Un tableau dont on pouvait cerner les contours rien qu'avec le titre original, « Hell or High Water », intraduisible en français, et signifiant grosso modo « arriver au bout des choses quoi qu'il arrive ». Comancheria me fait encore cogiter des heures après son visionnage, et ce n'est pas rien ! J'en suis encore à me demander si le film dresse un constat ou une critique de la violence inévitable dans le système américain...

 

Le film a été présenté à Cannes l'année dernière, dans la catégorie Un Certain Regard. Son aura l'a donc précédé dans les salles, mais c'est surtout pour sa bande son que j'en ai vraiment entendu parler : Nick Cave, le compositeur, reste une référence dans la musique américaine. Citons aussi Dollar Bill Blues de Townes Van Zandt, que j'ai beaucoup écouté pendant un moment. Pour le reste, Comancheria est un film à dominance picturale jaune, où les décors naturels prennent une place importante, et où Jeff Bridges a instinctivement sa place. Je cite également la performance de Chris Pine, très bon, dans la peau d'un personnage ni bon ni mauvais.

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